BIOGRAPHIE

Eugène Barbaroux

1867-1936

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Vers 1880: Eugène, Emile, Alice sur les genoux de Marie Louise et Albert portant une jupe.

Eugène Barbaroux est né le 29 octobre 1867 au n° 5 de la rue Geoffroy Marie à Paris 9e de Jules Augustin Barbaroux, 38 ans, négociant en nouveautés, et de Marie Eugénie Gallien, 30 ans. Il est le 5ème de neuf enfants. Trois d’entre eux sont morts en bas âge et deux de ses sœurs décèderont de la tuberculose (Marie Louise et Marie Emma à 26 et 24 ans).

Engagé volontaire le 28 octobre 1887, il entre à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. Il en sort le 1er octobre 1889 (Promotion de Tombouctou) avec le grade de sous-lieutenant et classé 33e sur 446 élèves. Le 10 octobre 1889, il est affecté au 67e régiment d’infanterie à Soissons. Il suit les cours de l’Ecole de tir du camp de Châlons du 15 mars au 11 juillet 1891 et en sort classé 14e sur 77 élèves. Le 15 décembre 1891, à 24 ans, il est nommé lieutenant et reste à Soissons jusqu’en octobre 1898.

A 28 ans, Eugène épouse le 29 juin 1895 à Paris 16e Lucie Pézieux, âgée de 21 ans, domiciliée 4, rue Gustave Nadaud, Paris 16e. Elle est la fille d’Emile Pézieux (1850-1888) et d’Estelle Minguet (1852-1926). C’est à Soissons que naissent deux de ses filles : Suzanne en 1896 qui épousera André Bonne en 1916 et Magdeleine en 1897 qui épousera Henri Lecestre en 1919. La famille habite 12, rue de la Congrégation. Sa troisième fille, Geneviève dite Ginette, naît six ans plus tard en 1903 à Amiens, 42, rue Dhavernas. Ginette épousera Jacques Baruzy en 1925.

Le 1er novembre 1898, il rejoint Paris pour suivre les cours de l’Ecole Supérieure de Guerre. Il en sort le 31 octobre 1900 avec la mention Bien et classé 19e sur 80 élèves.

Il est nommé stagiaire à l’état-major du 2e corps d’armée où il est promu capitaine le 1er février 1901 à l’âge de 34 ans ; il y demeure jusqu’au 23 février 1903 tout en étant affecté pour administration au 33e régiment d’infanterie le 1er février de la même année. A son départ du 2e corps d’armée, il est muté au 8e bataillon de chasseurs à pied à Amiens

Le 10 août 1907, il rejoint l’état-major de la 7e division d’infanterie à Paris où il reste cinq ans et demeure 9, avenue de la Bourdonnais dans le 7e.

Le 24 septembre 1912, à 44 ans,il est promu au grade de chef de bataillon et affecté au 94e régiment d’infanterie à Bar-le-Duc (Meuse). Il habite dans une maison avec jardin située rue Joblot.

La guerre

En juin 1914, la famille part en vacances dans les Alpes en voiture, ce qui est rare pour l’époque. Eugène a hérité de son père décédé en 1911 et a pu acheter en 1913 une Panhard Levassor de forme Torpédo.

La mobilisation générale a lieu le 1er août 1914. Le régiment d’Eugène, le 94e RI, fait partie de la 42e division d'infanterie et appartient au 6e corps d’armée du général Sarrail et à la IIIe Armée du général Ruffey.

Le 22 août 1914, la 42e DI part sur le front de Lorraine, au sud de Nancy, près de Xivry-Circourt. Le 30 août, le général Joffre ordonne le repli général des troupes.

C’est au cours de cette retraite qu’il écrit à sa femme : « Je vous demande de quitter Bar-le-Duc car je me bats pas très loin et il se pourrait que je me batte jusque sous les murs de Bar- le-Duc. Partez. » Sa femme et ses trois filles quittent alors leur maison avec leur voiture conduite par un jeune homme qui n’a pas été mobilisé en raison d’une infirmité au pied et rejoignent de la famille à Montargis, puis à Cabourg.

Bataille de la Marne (septembre 1914)

La 42e DI arrive de Lorraine pour être rattachée à la IXe armée du général Foch au centre du dispositif conçu par le général Joffre. Elle est en première ligne au nord de Sézanne.

Historique du 94e RI : « Le 6 septembre au matin, on est prévenu que le recul doit être terminé et l'ordre d'attaquer arrive. L'ordre est envoyé partout d'arrêter la retraite, de faire ferme, de prendre l'offensive. Le général Foch a trois artères à interdire à l'ennemi : les routes d'Epernay à Sézanne et à La Fère-Champenoise; celle de Châlons à Arcis-sur-Aube. En outre, il doit tenir les plateaux au nord de Sézanne et empêcher l'ennemi de déboucher au sud des Marais de Saint-Gond. La 42e division va tenir les hauteurs de Sézanne « mission de confiance donnée à une troupe d'élite! »  Le 1er bataillon du 94e (commandant Barbaroux) se précipite en tête dans le village de La Villeneuve-les-Charleville, qu'il enlève à la baïonnette. Le Xe corps allemand contre-attaque. Le village est perdu puis repris et l'ennemi, repoussé jusqu'aux lisières des Marais de Saint-Gond (Le général Grossetti, toujours en tête et témoin de l'héroïsme du 1er bataillon, le cite à l'ordre de la division.) Le colonel Margot, qui n'a pas quitté les éléments de tête, attend de pied ferme les nouveaux efforts de l'adversaire. Voulant être sûr de la cohésion de son régiment, il fait présenter les armes, suprême défi lancé en pleine bataille aux hordes de l'envahisseur. En dépit de furieux assauts, le régiment tient bon. Le commandant Barbaroux est blessé. Le soir, le calme renaît un peu et les liaisons, quoique difficiles, s'établissent. La droite est en retrait et le 7, de nouveaux assauts furieux des Allemands reprennent en avant de Chapton. Les positions ne sont conservées que grâce à des prodiges d'héroïsme. Sans répit, malgré les pertes les plus effroyables, les masses allemandes se ruent à l'assaut en vagues massives. Le colonel Margot blessé, le commandant Ducloux prend le commandement du régiment.»

Eugène a l’épaule traversée par une balle. Il est évacué vers le sud de la France. Mais il demande à être débarqué à Montargis. Il est hébergé par ses cousins Desvaux et va à l’hôpital pour les pansements. Il fait savoir par une dépêche à sa famille qui est à Cabourg : « J’ai été blessé, je suis presque guéri. Je suis chez les cousins Desvaux.» Sa famille le rejoint à Montargis. Il regagne Bar-le-Duc quelques jours après, en voiture avec sa famille et retourne au front.

Les troupes allemandes se sont repliées sur les bords de l’Aisne et l’armée française a pu progresser. Le 21 septembre, il prend provisoirement le commandement du 94e RI qui se trouve à Mourmelon-le-Petit.

Les combats au sud de Reims

Le 22, une nouvelle offensive est prévue à laquelle la 42e DI participe en faisant partie d’un groupement dirigé par le général Humbert qui reçoit l’ordre d’agir dès le lendemain matin en vue d’une attaque plus générale.

Journal de marche de la 42e DI : « Vers 7h le 24 septembre, la 83e attaque du fort de la Pompelle au chemin du Petit Sillery à Sors Terre. A 10h30, le 1er bataillon (Barbaroux) occupe le fort et se dispose à attaquer la ferme Alger en liaison avec son 2e bataillon qui atteint le coude de la route de Petit Sillery au fort.Ordre est donné d’attaquer la ferme Alger à 16h15.Les troupes progressent doucement en fin de journée. Le 25, à 8h le combat reprend. Le 94e est au bois au N de l’auberge Alger entre la croix de Pompelle et le chemin de Petit Sillery à Sors Terre. Les attaques successives de la 83e Brigade échouent. A 14h, nouvel ordre : « il est indispensable d’atteindre l’objectif ». Nouvelle attaque à 15h – progression au centre, mais pas sur les ailes – le général Krien est blessé et remplacé par le colonel Deville du 151e. Le 26 reprise des attaques – ordre au 94e entre autres sur Alger et le bois au nord. Toute la journée, bombardement effroyable de l’ennemi empêche toute progression. Le 29 septembre, le commandant Barbaroux, évacué à nouveau, passe le commandement du régiment au capitaine Dieu. Celui-ci le conserve jusqu'au 10 octobre et le passe à cette date au commandant Génot.»

Eugène tombe malade (premiers signes de sa maladie) et sa fille, Suzanne, raconte que les médecins militaires croient qu’il a la typhoïde. Il est soigné dans une ambulance à Rilly-la-Montagne et y reste jusqu’au 16 octobre.

Les événements de septembre 1914 valent à Eugène Barbaroux une citation à l’ordre de la 4e armée n° 439 du 4 décembre 1915 : « A toujours fait preuve de solides qualités militaires : blessé le 6 septembre 1914 à la tête de son bataillon qu’il menait à l’attaque, est revenu sur le front à peine guéri et s’est distingué dans le commandement de son régiment au cours des combats des 25 et 26 septembre 1914. »

Bataille des Flandres (octobre à décembre 1914))

Du 17 au 21 octobre, le régiment se déplace d’Epernay vers la région de Dunkerque.

La 42e DI est alors rattachée au 32e corps d’armée. Elle va jouer un rôle important dans les combats de Dixmude (bataille de l’Yser) fin octobre, puis au sud d’Ypres début décembre.

Bataille de l’Yser

Historique du 94e RI : « Le 20 octobre et le 21 sont de longues heures d'angoisse. Dixmude est écrasé de bombes. Les Allemands, dont les effectifs se renouvellent à chaque instant, se ruent avec plus de fureur que jamais sur les lignes belges qui finissent par plier. Le Général Foch indique une ligne de repli et donne l'idée d'inonder le pays. On tiendra tant bien que mal jusqu'à ce que le pays soit inondé. D'ailleurs, voici la 42e division, celle des Marais de Saint-Gond. Elle contre-attaque et la ligne est de nouveau fixée » (Commandant GRASSET). Le 23 octobre, le régiment marche vers Nieuport, en soutien de la 84e brigade. Le 24 octobre, il part d’Ost-Dunkerque, à 3 heures du matin, en direction de Pervyse. A 6 heures, il reçoit l'ordre d'attaquer Klosterthoeck, les passerelles et les tranchées de la boucle de l'Yser. Le 1er bataillon (commandant Barbaroux) est en réserve de division. Les deux autres bataillons viennent le long de la voie ferrée se placer face à leur objectif: 3e bataillon à droite, 2e à gauche…Le 2 novembre, la bataille s'allume entre Dixmude et la Lys…Le 4, deux bataillons du régiment traversent l'Yser sur des passerelles au Sud de Dixmude et, en liaison avec les fusiliers marins de l'amiral Ronarch, attaquent de front le château. Le 3e bataillon est à gauche, le 2e à droite, le 1er en réserve de division à Lampervise. Le 8 novembre au soir, le régiment tout entier est en ligne devant Bixshoote, Stenstraate et Het-Sas….Le 10, à 5 heures du matin, la fusillade a repris ; mais une partie des tranchées, endommagée par de gros projectiles, est prise. La compagnie de réserve du 1er bataillon la reprend à 6 heures… Du 17 au 23 novembre, le régiment est en secteur à Het-Sas, aux fermes du Carrefour, du Paratonnerre, du Moulin, et continue l'organisation défensive. Le 23 novembre, nouveau renfort de 500 hommes, laissés au repos. Ce n'est que le 5 décembre que le régiment peut être reconstitué en entier. »

Bataille d’Ypres

Historique du 94e RI : « Le 9 décembre, il est au repos une journée à Poperinghe. Il remonte en ligne le 10 entre Ypres et Zillebecke, tenant la Butte-aux-Anglais. Les Allemands viennent d'inaugurer de nouveaux travaux défensifs et, en face du régiment, ont créé un ouvrage important, puissamment armé de mitrailleuses: le fortin de Zillebecke. Le 14 et le 15, l'attaque est tentée, mais sans succès. Le 16 décembre, le bataillon Barbaroux attaque à fond. Deux colonnes d'assaut sont lancées, celle de gauche en avant (3e compagnie, capitaine Darthos, et 4e, sous-lieutenant de Corny). D'un élan superbe, les jeunes soldats franchissent d'un bond les tranchées. Il est 11h. 25. Le fortin paraît abandonné, trois hommes arrivent au sommet ; mais des feux violents partent de partout et couchent les assaillants au pied du talus. Le sous-lieutenant de Corny est tué. La 3e compagnie a perdu plus de 80 hommes. Jusqu'au 30 décembre, le régiment reste en secteur et repousse plusieurs attaques. L'ennemi est encore une fois frustré de sa victoire. Il n'a pu ni déborder notre flanc gauche, ni atteindre Calais, ni percer notre ligne. Relevé le 30 décembre, le régiment quitte cette terre de Belgique, qu'il vient de défendre âprement, pendant de longues semaines, au mépris des pertes et des fatigues les plus grandes, en combattant sur un terrain détrempé, quelquefois mouvant, dans la vase jusqu'aux genoux. »

Du 22 novembre au 1er décembre 1914, Eugène est à nouveau malade. Il est atteint de la maladie d’Addison qui atteint les glandes surrénales. C’est une maladie rare que l’on ne sait pas bien soigner à l’époque et qui se traduit par une très grande fatigue, une hypotension, des troubles gastriques et une pigmentation de la peau d’où son nom de maladie du bronze. Il se fait soigner à l’institut Villite à Malo-les-Bains près de Dunkerque. Sa famille vient le voir de Paris. Il a sur sa vareuse la croix de la Légion d’honneur qu’il vient de recevoir le 20 novembre 1914. Sa fille Suzanne lui fait remarquer que « son front est complètement hâlé alors que d’habitude une partie sous le képi reste blanche et seulement le reste de la figure est bronzé ».

Il retourne au front à proximité de Poperinghe (tranchées et séjours dans des fermes) jusqu’au 31 décembre.

Les tranchées de l’Argonne (janvier 1915)

La 42e DI est en route pour l’Argonne où les combats n’ont pas cessé depuis septembre 1914 sur la ligne défensive organisée par les allemands après leur retraite lors de la bataille de la Marne. Ils vont durer encore plus de six mois. C’est à présent une guerre de tranchées.

Historique du 94e RI : « Le régiment va affronter une nouvelle zone où de nouveaux moyens sont employés. Ce n’est plus la lutte en rase campagne de la Marne, ni les Corps à Corps de Belgique. Dans la forêt et les ravins de l’Argonne, au bois de la Gruerie, le combat va se mener sur terre et sous terre, rempli de ruses et d’embuscades, avec une fureur qui ne ralentira pas pendant six mois…Les tranchées se trouvent à quelques mètres les unes des autres; des boyaux communs sont souvent barrés seulement par des traverses de sacs à terre, Les pétards et les grenades font leur apparition, ainsi que les premiers engins de tranchée… »

Le 13 janvier, le 94e RI arrive par train à Givry-en-Argonne et cantonne au Châtelier jusqu’au 17. Du 17 au 21 janvier, il cantonne à Florent. Le 2e bataillon arrive dans le petit village de la Harazée pour relever le 3e bataillon attaqué le matin même. Il reçoit l’ordre de reprendre les tranchées perdues.

Eugène Barbaroux est d’abord en soutien du 162e RI puis prend le commandement de ce sous-secteur comprenant son bataillon, des éléments du 162e RI et du 8e Chasseurs. Il est en 1ère ligne et reste dans les tranchées jusqu’au 27 janvier.

Il recoit la citation suivante (ordre du 32e Corps d’Armée n° 249 du 7 février 1915) : « Pendant les combats du bois de la Gruerie du 23 au 25 janvier, a dirigé avec la plus grande énergie dans son sous-secteur la lutte contre les attaques allemandes vis-à-vis desquelles il a réussi à prendre le dessus et à obtenir finalement un réel succès en repoussant à 50 mètres de son front une attaque qui avait acheminé jusqu’à 15 mètres environ du saillant de ce front. »

Il ressent de plus en plus de fatigue et des douleurs anormales. Il est relevé le 3 février, retourne à Florent mais rejoint la proximité du front le 5 sur demande insistante du général Duchêne alors qu’Eugène a vu le docteur du Roselle qui fait part de son état d’épuisement à sa hiérarchie. On lui confie un des secteurs les plus dangereux, celui de Marie-Thérèse pour 48 heures avant d’être relevé. De retour à Florent, Il se fait porter malade le 8 février, incapable de continuer. Il est évacué et rejoint le lycée de Bar-le-Duc le 11 février pour se faire soigner. Eugène était proposé pour passer lieutenant-colonel depuis septembre 1914 et sa nomination était imminente. Son départ définitif du front compromet cette nomination.

Après s’être fait soigner, il est affecté provisoirement, à dater du 21 septembre 1915, à l’état-major du Gouvernement Militaire de Paris.

Il est mis en non activité en 1917 et à la retraite en 1920, nommé officier de la légion d’honneur le 16 juin. Il décède à Paris le 12 mars 1936.

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